Some Research Into Forgiveness/fr
De Simple Silence.
| Languages/langues: |
English • Français |
Une recherche dans le domaine du pardon
Par Jane Hoskin.
Neti-Neti, N. 172, février 2008.
« Que les hommes se lancent dans l'espace ou plongent au plus profond des océans, ils se retrouveront tels qu'ils sont, inchangés, car ils ne se seront pas oubliés eux-mêmes ni n'auront pratiqué le don du pardon. »[1]
Baba, après l'éclatement d'une querelle ou d'un épisode conflictuel entre deux parties, ne se contentait pas d'encourager, voire d'exiger que celles-ci présentent mutuellement leurs excuses et se pardonnent, comme en témoignent de nombreux récits. Il était si intransigeant qu'il demandait que par la suite, la totalité de l'incident soit complètement oubliée.
Comme le suggère Don Stevens, nous devons non seulement nous servir du pardon et de l'oubli dans notre vie personnelle, mais ces moyens doivent aussi faire partie intégrante de la recherche de solutions aux conflits interreligieux ou raciaux aujourd'hui prépondérants à l'échelle du monde entier. Ils sont essentiels pour endiguer les flots, apparemment imparables, de récriminations et d'agressions de toutes parts, dont les origines remontent souvent à des querelles sans âge. Mais toujours selon Don, le pardon pourrait faire aussi partie des outils nécessaires à l'accomplissement de la mission de Baba de « rassembler tous les cultes et les religions comme des perles sur un même fil ».
Pourtant, en ce qui me concerne, j'ai été forcée de reconnaître qu'il s'avère extrêmement délicat, si ce n'est impossible, de tenter de pardonner et d'oublier des crimes infiniment moins graves qu'un génocide ou qu'un holocauste, bien que je sache que ce procédé soit la seule solution possible. Sur un plan personnel, la situation dans laquelle je me trouve actuellement s'est cristallisée dans une querelle de famille, rien de surprenant ici ! Elle continue à mettre au jour chez moi des sentiments d'injustice, d'offense, de colère et du ressentiment. Je me rends ainsi compte que je ne sais pas comment me sortir de cette impasse, bien que toute cette histoire me rende complètement malade. Je commence aussi à comprendre qu'on ne m'a jamais vraiment appris à réellement pardonner, bien qu'existe chez moi le souhait de le faire. C'est ainsi que je me sens réellement coincée dans cette situation et que je demande de l'aide. Mais il faut aussi que j'entame une recherche pour résoudre ce problème.
Tout d'abord, je me dois de rechercher la racine du sens du pardon en commençant par consulter sa définition dans le dictionnaire. Qui pardonne :[2] : prêt à pardonner, miséricordieux, compassion, qui permet l'erreur ou la faiblesse.
Nous, ou plutôt moi, j'attends souvent beaucoup des autres, en particulier de ceux dont je suis proche, et je suis facilement blessée ou déçue quand ils font quelque chose de totalement contraire à ce que je considère comme juste ou équitable. Cela peut dégénérer chez moi en des sentiments de colère s'ils ne répondent pas à ces attentes. Ce ressentiment commence ensuite à s'enfler de manière vertigineuse et devient très difficile, sinon impossible à chasser.
Pourtant, cette simple phrase, qui permet l'erreur ou la faiblesse, m'offre soudain une nouvelle perspective sur ces actes apparemment terribles qu'ont commis ces personnes : celles-ci sont, après tout, simplement humaines ; et comment puis-je, selon cette phrase, forcer ces gens à vivre selon mes règles et mes attentes autant que je puisse le désirer ? C'est alors que je commence à me rendre compte que je ne peux pas contrôler les autres mais que je peux me contrôler, que je peux choisir si je veux transporter avec moi ce sentiment douloureux et destructeur pour le restant de mes jours, ou bien si je décide de prendre mes responsabilités et de comprendre que je pourrais, après tout, simplement laisser faire ? Est-ce que ce qu'ils ont fait, par négligence ou bien à cause de quoi que ce soit à ce moment particulier, puisse provenir de leur propre souffrance ou de quelque trame sanskarique, qui continue maintenant et m'infecte, créant et soutenant un cycle sans fin ? Je me rends compte peu à peu, quand j'examine d'autres formes de pardon que des personnes qui ont beaucoup travaillé dans ce domaine ont découvertes, qu'un élément crucial qui provient de ce que j'ai lu est le besoin de prendre ses responsabilités personnelles et la liberté de choix que cela apporte. Une fois ces responsabilités endossées, je peux alors décider de continuer à porter ces sentiments négatifs ou bien de les rejeter une fois pour toutes. Même si, comme cela arrive souvent, le prétendu auteur ne peut pas voir ce qu'il a commis, présenter ses excuses ou commencer à réparer les choses. Cela est extrêmement libérateur, je n'ai plus besoin d'être une victime.
Nelson Mandela a prononcé cette célèbre phrase : « Le ressentiment est comme boire du poison et d'attendre qu'il tue votre ennemi ». Les sentiments de blessure, la colère et le ressentiment sont difficiles à supporter, et, selon ce que disent des psychologues, il semble qu'ils soient également nocifs à notre santé ; tenir une rancune affecterait le système cardiovasculaire et nerveux, être en colère ou frustré provoquerait un afflux d'adrénaline qui est mauvais pour le cœur, et apparemment aussi pour le sytème immunitaire ; ainsi, en apprenant la manière d'adoucir cette colère, ce sentiment de blessure et cet état dépressif, on peut réduire sa tension, etc. À nouveau, nous avons le choix entre s'accrocher à ce ressentiment et cette colère ou prendre la bonne option : laisser tomber.
« La pratique du pardon a montré qu'elle réduisait la colère, l'état de dépression né de la blessure, et le stress ; elle mène à de plus grands sentiments d'espoir, de paix, de compassion et de confiance en soi. La pratique du pardon mène à l'établissement de saines relations personnelles ainsi qu'au maintien d'une bonne santé physique. Elle influence aussi notre attitude générale en ouvrant notre cœur à la gentillesse, à la beauté et à l'amour »[3].
Ces mots sont une grande source d'inspiration et éclairent tout d'un coup le pardon d'une douce lumière ; ils montrent qu'en fait je ne vais rien perdre en pardonnant, que c'est moi qui ai réellement souffert dans cette situation, que je me suis rendue victime de mes propres attentes et de mes désirs qui ont été contrariés ; combien Baba a une fois de plus raison lorsqu'il dit que la majeure partie de notre souffrance est créée par nous-mêmes ![4]
Le docteur Fredric Luskin est le directeur du Stanford Forgiveness Project[5] ; il a inauguré des projets de recherche, couronnés de succès, qui étudiaient l'efficacité de ses méthodes de pardon sur les victimes de violence politique ; il a tout particulièrement travaillé en Irlande du Nord avec des personnes des deux côtés du conflit, des mères qui ont toutes perdu un membre de leur famille à cause de la violence sectaire. Il a découvert que se considérer soi-même comme une victime retire à quelqu'un toutes ses facultés. Il a expliqué que nous avons le choix : que bien qu'à cause d'actes de méchanceté ou de cruauté nous devions d'abord traverser un processus de chagrin, par la suite, nous devions nous demander : « Est-ce que le fait d'être furieux de ce qui m'arrive — ou amer, ou désespéré —, m'aide dans ma vie ? » Et la réponse est non. Il rappelle que ce qui a eu lieu appartient maintenant au passé, et que maintenant nous avons nos vies à vivre. « Nous pouvons donc suggérer aux gens de continuer d'avancer quoi qu'il en soit, et qu'ils peuvent le faire franchement. Plus nous approchons de l'état « d'amour »[6], d'acceptation et de paix, plus nous avons des chances d'avoir une bonne vie. Cela ne veut pas dire que ce qui s'est passé est sans problème [...] C'est juste que nous avons le choix entre mettre plus de notre énergie à aimer les gens autour de nous et ainsi nous considérer comme des héros qui surmontent des difficultés, ou rester coincés dans un sentiment d'amertume à propos de quelque chose qui échappe à notre pouvoir. Nous avons ce choix [...] Le point de vue spirituel est l'affirmation que les être humains ont la possibilité d'être nobles, même au milieu des difficultés. Que les gens ont accès à leur noblesse. Nous ne pouvons proclamer que quiconque peut accomplir cela, mais au moins, si les outils existent, alors certains s'en serviront. »[7]
Le Dr. Luskin a démontré avec succès qu'en apprenant aux gens la méthode du pardon, même à ceux qui à l'origine avaient juré que cela leur serait impossible, le processus de guérison peut commencer. Il existerait, semble-t-il, de nombreux projets similaires lancés à travers le monde ; le travail que fait l'archevêque Desmond Tutu en Afrique du Sud, concernant le pardon et la réconciliation, est prodigieux ; on a dit que cette œuvre n'était « rien d'autre que le paradigme d'un nouveau monde. La réconciliation, c'est-à-dire la transformation personnelle et celle de la société, est l'aboutissement d'un processus que le pardon inaugure, mais elle met aussi en place une nouvelle manière de vivre. »
Ces deux exemples montrent que l'humanité peut, grâce au pardon et à la réconciliation, commencer à apaiser ses inimitiés particulièrement vives et se mettre à endiguer et renverser la vague de terreur et de violence qui est de plus en plus forte ; en aucun cas, ce n'est un travail facile, mais c'est une entreprise possible à un niveau personnel et global qui, de toute évidence, doit devenir la responsabilité de chacun d'entre nous.
Desmond Tutu a dit lui-même : « Travailler pour la réconciliation, c'est vouloir réaliser le rêve de Dieu pour l'humanité : quand nous saurons que nous appartenons vraiment à une seule famille, liés ensemble en un réseau délicat d'interdépendance »[8].
Combien tout cela entre en résonance et se réfléchit merveilleusement avec le plan avatarique de Meher Baba pour la « Nouvelle Humanité ».
« La nouvelle fraternité sur Terre sera un fait accompli, et les nations seront unies dans une relation faite d'Amour et de Vérité. »
« C'est pour cet Amour et cette Vérité que j'existe. À l'humanité souffrante, je dis : espérez. Je suis venu pour vous aider à vous abandonner à la Cause de Dieu, et à accepter Sa grâce faite d'Amour et de Vérité. Je suis venu vous aider à remporter la victoire de toutes les victoires : gagner votre moi. »[9]
Notes
- ↑ Meher Baba, The Everything and the Nothing, p. 109.
- ↑ Forgiving en anglais. N.d.T.
- ↑ Nine Steps to Forgiveness, par Dr. Fredric Luskin.
- ↑ Discours, Meher Baba, p. 390.
- ↑ Projet Stanford sur le pardon N.d.T.
- ↑ Being « in love » N.d.T.
- ↑ Ending the Cycle of Revenge, Dr. Fredric Luskin, vol. 3, nov. 2002.
- ↑ Peace Power, The Promise of Forgiveness, Sarah Elizabeth Clark.
- ↑ Discours, Meher Baba, p. 299.
