Les oiseaux d'Imampur

De Simple Silence.


Don Stevens : Nous sommes le deuxième jour du mois de janvier 1972, installés à Meherazad dans la cabane d'Eruch, qui commence à nous raconter le dernier jour du voyage de la Vie nouvelle de Baba, qui a eu lieu pas très loin d'ici.

Eruch: Il y a un endroit à environ douze kilomètres d'ici qui s'appelle Imampur, où Baba a fait halte la nuit avant d'atteindre Meherazad. Nous étions tous fatigués car nous avions parcouru à pied une distance d'environ 25 kilomètres ce jour-là, et, en plus, Baba avait continué en chemin à faire son travail, à rencontrer des gens, les masts, les fous, les pauvres et ainsi de suite. Nous avions fait de nombreux détours, et nous n'avions atteint Imampur qu'à la nuit tombée, vers huit heures et demie.

Baba nous désigna ce qui ressemblait à une maison, et nous nous sommes souvenus que c'était une vieille mosquée utilisée comme gîte d'étape. Il dit que nous resterions là pour la nuit.

Du temps des Anglais, elle était utilisée comme gîte par les officiers, mais après l'Indépendance la communauté musulmane a demandé qu'elle leur soit confiée pour qu'ils l'utilisent à nouveau comme mosquée. Maintenant, elle est à eux, mais ils ne l'entretiennent pas très bien. Quand nous sommes entrés, elle était inutilisée et pas propre, avec beaucoup de saletés. J'ai dû la nettoyer pour que Baba puisse se reposer pour la nuit. Comme toujours, je devais m'occuper de son repas, après lequel il nous assigna des tours de garde et dit aux mandalis de dormir dehors comme d'habitude. Je fermai la porte de l'extérieur et là commençai à monter la garde.

Au bout d'un certain temps, peut-être une heure environ, Baba frappa dans ses mains. Je suis rentré dans la pièce et lui ai demandé ce qu'il y avait. Tout cela se passait au départ dans l'obscurité car nous n'avions ni lumière ni lampes de poche. Et puis, j'ai trouvé des allumettes que j'ai dû utiliser pour voir la réponse de Baba, puisque Baba observait le silence. Il dit avec ses gestes : « Qu'est-ce que ce ronflement qu'on entend ? Est-ce que les mandalis dorment à côté ? ». Je lui répondu que oui, mais qu'ils n'étaient pas si près. Mais Baba me dit de les réveiller et de leur dire d'aller plus loin. J'ai donc dû réveiller les mandalis qui étaient fatigués. Ils étaient trois, en plus de moi : Baidul, Gustadji et Pendu. Je leur dis de s'éloigner de là où dormait Baba, ce qu'ils ont fait, et j'ai continué à monter la garde.

Au bout d'un certain temps, Baba m'appela à nouveau, et alors que j'utilisais les allumettes pour voir ses gestes, il se plaignit qu'il y avait un bruit encore pire à l'intérieur de la pièce. J'étais surpris, car il n'y avait personne d'autre, donc comment pouvait-il y avoir des bruits dérangeants ? Baba me dit de rester à l'intérieur et de trouver la cause de tout cela. Tout à coup, j'entendis un bruissement d'ailes d'oiseau, alors j'ai dit à Baba : « Il y a des oiseaux là-bas ». J'essayai de trouver où ils étaient. Puis j'ai dit « Il y a un nid d'oiseau ».

Et alors j'ai dû me pencher à nouveau pour voir les gestes de Baba, car Baba était couché sur un tapis placé directement sur le sol, pas le tapis qui est à la mode maintenant, mais une natte très rugueuse qu'utilisent les bergers. Nous en transportions une pour Baba et une pour chacun d'entre nous. J'avais étendu ma natte pour que Baba puisse s'y étendre, et la sienne était utilisée pour recouvrir son corps car le mois était hivernal : décembre. Après avoir dit à Baba la découverte du nid d'oiseau dans la pièce, j'attendis ses ordres. Il me fit signe de jeter l'oiseau dehors ; je suis donc allé au nid pour essayer, dans l'obscurité, de toucher l'oiseau et de le faire sortir.

Soudain Baba frappa dans ses mains avec insistance. Il y avait différentes sortes de claquements que Baba utilisait pour dénoter diverses sortes de messages. Il y avait un claquement tranquille, il y avait l'applaudissement, et il y en avait un qui demandait une attention immédiate : tout laisser et venir sur-le-champ.

Quand j'entendis ce signal, j'ai dû laisser l'oiseau et venir instantanément à lui. À nouveau, à l'aide d'une allumette, je commençai à déchiffrer ses gestes. Il dit : « Laisse l'oiseau tranquille. Nous avons commis une grosse erreur. » Alors Baba commença à me dire par ses gestes qu'il était injuste de sa part d'avoir donné cet ordre, et il me rappela les directives inflexibles qu'il avait données pendant sa Vie nouvelle. L'une d'entre elles disait que ceux d'entre nous qui étaient de service devaient lui rappeler s'il donnait des ordres qui entraient en conflit avec les principes de base de la Vie Nouvelle, comme le fait de ne pas exprimer de la cruauté, de la colère, et ainsi de suite.

Maintenant, c'était mon tour de service, et je faisais partie des personnes à qui on avait dit de lui rappeler ces règles, mais je ne l'avais pas fait. J'avais accordé plus d'attention à suivre ses ordres et j'avais oublié ma responsabilité qui était de lui rappeler les directives. C'était une grande erreur de ma part.

Tout cela s'était passé au beau milieu de la nuit, et là Baba me faisait des signes pour tenter de me rappeler que nous avions commis une très sérieuse erreur dans la Vie nouvelle. J'ai simplement acquiescé et il répondit, avec ses gestes, que je devais lui rappeler cet incident le lendemain.

Nous nous sommes levés tôt le matin, et c'était ce matin-là que nous devions arriver à Meherazad. Nous devions nous lever bien avant que Baba sorte de sa pièce, car, bien sûr, nous devions être prêts à lui rendre service. Parfois l'heure de repos et de détente correspondait avec celle du lever. Nous avions alors à peine une demi-heure pour nous étendre avant qu'il soit l'heure de se lever à nouveau.

Ce matin-là, à Imampur, nous étions prêts et rafraîchis en nous étant lavés à l'eau froide. Puis Baba m'appela et je l'aidai à se laver le visage. Vous savez, Baba nous donnait toujours une possibilité de le servir, bien qu'il pût facilement se laver le visage lui-même. Je ne veux pas dire que je devais lui laver le visage, mais plutôt que je l'aidais à se laver le visage. Je versais de l'eau sur ses mains, puis je tenais le savonnier, et puis nous prenions le savon et nous l'appliquions sur le visage. Puis je tenais sa serviette. Il nous permettait de faire toutes ces petites choses pour lui pour nous donner l'occasion de le servir. Tout cela l'irritait, mais malgré cela, il nous accordait, car il est infiniment plein de compassion, ces petits moments de service.

Mani: Patauds...

Eruch: Oui, nous étions des personnes terriblement pataudes. Vous savez à quel point c'est difficile, quand un robinet fuit, de permettre à quelqu'un d'autre de vous aider. Vous vous sentez tellement mal à l'aise, vous voyez. Mais lui, étant d'une compassion infinie, nous le permettait, et cela nous rendait heureux. Il nous permettait à tous de penser que nous faisions quelque chose pour l'aider. Je disais donc que je l'aidais à se laver le visage et à se rafraîchir. Puis il me dit de rassembler les autres mandalis, les trois qui restaient sur les vingt-deux. C'était le dernier jour de la Vie nouvelle, du point de vue de la marche à pied et de la pratique de la mendicité pour la nourriture.

J'appelai les autres pour qu'il viennent à côté de Baba, et Baba me dit de raconter toute l'histoire de la nuit précédente. Après cela, Baba signifia que c'était une très sérieuse erreur de la part d'Eruch. Eruch était supposé rappeler à Baba la règle importante que Baba ne devait donner aucun ordre qui aurait pour résultat la cruauté envers quiconque ou quoi que ce soit, et cela avait été d'une terrible cruauté. L'oiseau avait son nid la nuit et il y avait des oisillons. Il avait fait du bruit. Après tout, qu'est-ce qu'il y a de mal à cela ? Pourquoi Baba devrait-il se comporter si cruellement envers ces petites créatures ? Eruch aurait dû lui rappeler cette règle, mais Eruch avait oublié et Baba lui aurait fait jeter l'oiseau dehors, et cela aurait été la pire chose qui se serait passée pendant la Vie nouvelle.

« Par chance, dit Baba, j'ai rappelé Eruch à temps (la règle), car il l'avait complètement oubliée. » Avec tout cela, bien sûr, j'ai dit que c'était ma faute. Baba dit : « Maintenant la seule chose à faire, c'est que vous — tous les quatre — retiriez vos sandales et me frappiez le corps avec. C'est un ordre que je vous donne. » Nous devions donc obéir à cet ordre.

Don : Pendant combien de temps deviez-vous le faire ?

Eruch : Deux ou trois coups chacun. Et il ne s'agissait pas juste de le tapoter avec les sandales. Vous voyez, il était très sérieux. Quand nous accomplissions un ordre, cela devait être tout à fait réel. C'était comme frapper quelqu'un avec votre chaussure. Baba n'aimait pas que l'on fasse semblant ni du chiqué. Nous l'avons donc tous fait. Puis Baba nous dit que le mieux était que nous lui crachions dessus. Nous devions le faire aussi, et puis s'en fut fini.

Don : Mais en ce qui concerne cette grosse erreur, Eruch ? Comment vous sentiez-vous ? Comment ressentez-vous le fait que l'Avatar commette une erreur ?

Eruch : Ce n'était pas juste une erreur, c'était une occasion. Tout ce que Baba prend sur lui est une opportunité de plus donnée à l'humanité de montrer comment l'homme devrait se comporter là-dessus, sur terre, pendant cette vie.

Mani : Baba réalise ces actes à notre place, pas pour lui, mais pour nous.

Don : Ce n'était donc pas une erreur de la part de Baba, mais une opportunité ?

Eruch : Non, c'était une erreur. Baba, en tant qu'homme, avait commis cette erreur. Il est devenu homme, vous savez. Il n'a jamais joué à être un homme, il est devenu un homme. C'était donc son erreur, mais c'était une expression de la grande compassion du Dieu-Homme. Il prend toute l'histoire sur lui.

Mani : C'est ça.

Eruch : C'est la grande chose que Dieu fait quand, régulièrement, il descend en tant qu'homme et se mêle aux hommes en tant qu'homme, car il s'est fait homme. S'il ne prend pas sur lui la souffrance, il ne lui est pas possible de partager ni d'emporter la souffrance humaine en prenant le fardeau de l'humanité. Régulièrement, nous avons été les témoins de ce genre de petits incidents. Son erreur en tant qu'homme n'est pas une erreur commise par Dieu. C'est un homme qui commet une erreur. Et il montre du doigt, en tant que Dieu-Homme, à l'humanité, que nous ne devons pas nous comporter de cette façon. Mais si nous le faisons, par inadvertance ou faiblesse, alors il existe certains remèdes à prendre. On doit devenir humble, balancer l'acte d'arrogance, et cette expression d'humilité est ce qu'il nous a montré. Lui, étant notre compagnon, a partagé ce petit secret avec nous. Et nous pouvions le frapper de nos chaussures et lui cracher dessus uniquement parce que nous étions tellement entraînés que nous devions lui obéir.

Nous étions comme des machines, vous voyez, mais nous avions aussi un cœur, et depuis ce jour-là nous n'avons pas oublié l'incident. Nous nous sommes comportés ainsi afin d'obéir au commandement de Baba, mais l'autre face persiste encore dans nos cœurs ; que nous avions été responsables de ce que le Dieu-Homme eût été dans cette situation humiliante. Je me serais souvenu des ordres de Baba, cela ne se serait peut-être pas passé. Mais cela aussi est une arrogance de ma part. C'est lui qui veut donner un tel exemple au monde, et il nous fait donc oublier, il nous fait nous souvenir, il nous fait faire des choses. C'est un autre aspect des choses. Mais malgré tout, nous sommes humains ; nous avons nos sentiments sur tout cela.

pp. 1-5 du livre Tales of the New Life.

Copyright Avatar Meher Baba Trust, Ahmednagar, Maharashtra, Inde.

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