Le dhuni de Manonash

De Simple Silence.


Mani : Baba s'est rendu d'Imampur à Meherazad sans faire escale, mais là, il est allé directement à Seclusion Hill[1]. Je me rappelle qu'on nous avait dit, à Mehera et moi, d'aller voir Baba, mais il marchait avec ses mandalis très loin en prenant par l'autre côté de la colline ; nous sommes donc parties d'ici pour aller jusqu'à sa rencontre. Baba nous a vues quelques instants, puis il est monté.

Don : Combien de temps est-il resté sur Seclusion Hill ?

Eruch : Autant que je me souvienne, de sept à dix jours. Il y avait deux cabanons sur la colline à cette époque.

Don : Ceux qui ont été descendus plus tard et accolés pour construire celui-ci ?

Eruch : Oui, c'est le cabanon où nous sommes en ce moment. On l'a construit à partir des tôles de fibrociment amiantées, du sol et des deux fenêtres des deux abris : nous avons tout utilisé, sauf une porte. Il devrait y avoir deux portes pour deux cabanons, mais on en n'a mis qu'une seule.

Au bout de quelques jours passés sur Seclusion Hill, Baba nous a demandé de descendre dès que possible les cabanons de la colline. En fait, il a utilisé le mot « immédiatement ». Nous nous sommes mis donc tous les quatre à y travailler là-haut tandis que Baba est descendu. Je crois qu'il est resté quelques jours dans sa chambre, ici à Meherazad, jusqu'à ce que le cabanon soit prêt à être reconstruit. Nous avons fait descendre le matériel de la colline, et on a appelé Padri à Meherabad pour qu'il vienne ici le réassembler. Jusqu'à la fin de sa reconstruction, nous sommes restés sur la colline en plein air, bien que c'était le mois de décembre.

Quand le cabanon a été assemblé, Baba a créé un genre de compartiment en plaçant ici une séparation. Vous voyez ces clous ? Eh bien, il a utilisé une bâche qu'il a pendue ici pour créer une pièce quasiment séparée. C'était le « bureau », là où nous sommes assis. Et est-ce que vous avez vu, dans le bureau d'Adi à Ahmednagar, ces maquettes : une urne ignifère[2] zoroastrienne, une église, un temple hindou, un temple bouddhiste et une mosquée, qui ont été sculptées dans du marbre tendre ?

Don : Je ne les ai jamais remarquées. Il faudra que j'ouvre les yeux.

Eruch : On peut les voir dans une caisse en verre quand on entre dans le bureau d'Adi. Ces petites maquettes avaient été placées sur les deux étagères que vous trouvez ici. Je m'en souviens bien, car je les avais toutes disposées sur ces étagères, et puis Baba ne m'a plus jamais permis de les toucher à nouveau. Il s'asseyait ici sur une chaise, mais je ne sais pas ce qu'il faisait car alors il me demandait de fermer la porte et de m'asseoir à l'extérieur. Quand il frappait dans ses mains, je devais rentrer et lui lire à haute voix tout ce qu'il me demandait.

Baba a appelé cette période la phase de Manonash. « Manonash » signifie « annihilation de l'esprit ». Bien sûr, l'Esprit Universel ne peut être annihilé. Si l'Esprit Universel était annihilé, tous nos esprits le seraient. L'annihilation que Baba visait a eu lieu, mais cela ne veut pas dire que Baba avait besoin de l'annihilation de son esprit. Je pense que cette période a accéléré le travail de Baba en vue de l'annihilation de l'esprit des disciples qui y aspiraient. Par cette phase particulière, il les a aidés à l'annihilation de l'esprit. Je peux me tromper, mais c'est ma supposition. Au bout de quelques jours, Baba m'a fait écrire quelques mots sur un bout de papier. Je ne me rappelle pas exactement ce qu'ils disaient, mais ils avaient un rapport avec les rites, les rituels et les cérémonies. L'idée en était celle-ci : « Les cérémonies, les rites et les rituels de toutes les religions dans le monde sont ainsi consumées dans les flammes ». Quand j'ai écrit ces mots sur le morceau de papier, Baba les a lus à lui-même et l'a mis dans sa poche.

Le soir, il m'a demandé de creuser un trou, ce que j'ai fait derrière ce cabanon. Puis il m'a dit : « Rassemble un peu de bois pour le mettre dans le trou ». Bien que Baba et nous quatre vivions à Meherazad à ce moment-là, nous n'avions aucun lien avec les autres mandalis et les femmes. Nous étions comme des étrangers. On nous apportait même notre nourriture depuis Ahmednagar, de la maison de ma sœur, où se trouve le Trust Office maintenant. Nous avons arrêté de mendier le jour où nous sommes arrivés à Meherazad, et Baba m'a fait prendre contact avec ma sœur pour lui dire que comme la Vie nouvelle continuait vers la phase de Manonash, Baba serait heureux si elle pouvait nous fournir de la nourriture de chez elle. C'est ce qu'elle a fait et nous n'avions donc rien à voir avec Meherazad pendant ce temps-là. Même l'eau, nous la prenions d'un autre endroit.

Mani : Où Baba dormait-il ?

Eruch : Juste en face, dans la chambre qu'utilise Pendu maintenant.

Mani : Et où est-ce que vous dormiez ?

Eruch : Simplement là, par terre.

Don : Donc cette pièce était tout d'abord un bureau ?

Eruch : C'était vraiment son « bureau » pendant le travail de Manonash. Et par là, de l'autre côté de la séparation, il y avait à ce moment-là une pièce pour se relaxer. Il y avait une chose très importante en ce qui concerne Baba, Don, qui était que même s'il n'utilisait qu'une seule pièce, s'il y travaillait, il laissait une marque pour dénoter que c'était là que le travail devait être fait. Son espace de travail était toujours distinct de son espace de repos. Il confinait ses activités de repas et de repos dans la même pièce, là, mais le travail était fait ici. Quand il travaillait, il créait toujours l'atmosphère d'un bureau.

Don : Et maintenant, le trou et le bois ?

Eruch : Oui. Le soir, tout était prêt. Au coucher du soleil, Baba nous a appelés et il a allumé le dhuni, comme on l'appelle. « Dhuni » signifie « feu mêlé à de la fumée ». Savez-vous que chaque douzième jour du mois on allume le dhuni selon les instructions de Baba ?

Don : Encore ?

Eruch : Oui. Nous perpétuons le souvenir de ce dhuni. Ce soir-là, Baba a allumé le feu, et nous nous sommes assis autour, nous quatre et lui. Je n'ai pas oublié ce qu'il a fait alors. Il s'est levé, et il nous a fait nous lever aussi. Puis il a joint les bras et nous avons aussi joint les bras. Tout d'un coup, Baba a sorti le bout de papier de sa poche. Il m'a demandé de lire les phrases à voix haute, avec force, à la lumière du feu. C'est ce que j'ai fait, et quand j'ai eu fini, il a pris le morceau de papier, l'a déchiré et l'a jeté dans le feu. Alors — rappelez-vous en, c'est important — il s'est assis et est resté jusqu'à ce que le bois se consume et que le feu se meure. Puis il a dit de couvrir le trou du dhuni, car on devait préserver les cendres et aucun homme ne devait les utiliser.

Nous les conservons encore. Savez-vous, Don, que les cendres d'un dhuni sont si sacrées que les gens en prennent des poignées, les mettent dans des petits sachets et les conservent ? Au moment d'un décès dans une famille on applique la cendre sur le front des membres de la famille de la personne décédée. Chaque jour, dans certaines « maisons de Baba », on applique ces cendres sur le front comme un symbole ou un souvenir du dhuni de Baba, comme un signe voulant dire que l'on mène une vie de renoncement absolu au sein de la vie de famille. Ces cendres en particulier — nous avons deux boîtes qui en sont pleines — Baba les a préparées de ses propres mains et a scellé les boîtes de manière à ce que personne ne les utilise ou ne les touche.

Mani : Ces boîtes se trouvent maintenant à Meherabad dans la pièce où nous avons vécu, nous les femmes, où on conserve les choses reliées à Baba. Après que Baba a quitté son corps, nous sommes allées là-bas pour faire du tri et conserver les objets. Nous avions l'habitude de mettre ce dont nous n'avions pas besoin ici à Meherazad là, dans cette pièce à Meherabad. Quand nous avons soulevé ces boîtes de métal, elles étaient tellement lourdes qu'on aurait crû qu'on y avait mis des pierres. Quelqu'un a dit : « Des cendres ! ». J'ai répondu : « Cela ne peut pas être des cendres. La cendre, après tout, c'est léger ! »

Nous avons donc dû les ouvrir, et nous avons vu que c'était bien des cendres. Puis nous nous sommes souvenus que Baba avait dit de les garder telles quelles. Nous en avons parlé à Eruch, qui nous a raconté toute l'histoire.

Eruch : Les femmes à Meherazad ne savaient rien de tout cela à ce moment-là. On a emporté les boîtes après que Baba les avait emballées.

Mani : Il faut que je mette une étiquette dessus un jour.

Don : Mon Dieu, oui, si elles sont censées ne pas être touchées ! Je présume que Baba disait officiellement, à ce moment-là, « D'accord, les rituels des religions officielles sont terminés, sur le plan de leur pouvoir ou de leur efficacité ».

Mani : Il les a consumés de ses propres mains.

Eruch : Il les a consumés dans le feu. En même temps il voyait la fin de tout cela. Il a emballé les cendres de ses propres mains dans les boîtes de métal et a dit : « N'y touchez pas ».

Don : Mais, Eruch, est-ce que cela n'impliquerait pas qu'on verrait les religions ritualisées dans le monde tomber petit à petit en ruines ? Que les gens n'y trouveraient rien et qu'elles finiraient par s'éteindre ?

Eruch : C'est ce qu'elles feront. Qu'est-ce que vous voyez maintenant ?

Don : Je dois dire qu'il semble que cela aille dans ce sens. Mais du coup je pense à une autre chose que Baba a dite tant de fois, « Je ne suis pas venu pour établir une nouvelle religion, mais pour revivifier ce qui a été donné auparavant ». Mais apparemment pas par les cérémonies, alors.

Eruch : Pas par les cérémonies, non.

Mani : Mais par le cœur de la religion.

Eruch Les cérémonies ne sont pas de la religion. Tous ces rites et ces rituels ne sont pas de la religion. Hier, vous avez dû voir quelqu'un qui faisait tournoyer un bâtonnet d'encens ?

Don : Oui, et je l'ai vu toucher le bout incandescent contre le tapis de Baba et je me suis demandé s'il n'allait pas y laisser une marque de brûlure.

Eruch : Oui. Il pratiquait un simple rituel, une cérémonie ; cela le rend heureux. Il ne sait rien du tout ou si peu des raisons de cette coutume, et personne d'autre ici n'en sait plus. De la même manière, les prêtres et les laïques savent peu des raisons originelles qui sous-tendent ces rites. Ils ne savent pas ce qu'ils font. Ce sont ces cérémonies, ces rites et ces rituels que Baba consumait dans les flammes du dhuni.

  1. Colline de la Réclusion (N.d.T.)
  2. Qui porte le feu sacré (N.d.T)

pp. 5-9 du livre Tales of the New Life.

Copyright Avatar Meher Baba Trust, Ahmednagar, Maharashtra, Inde.

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