La voiture folle de Hyderabad
De Simple Silence.
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Eruch : Toutes ces activités à Meherazad autour des rites et des rituels ont eu lieu durant les derniers jours de la période de Manonash. Celle-ci débuta à Hyderabad, qui est maintenant la capitale de l'État d'Andhra. Quand Baba résidait dans un bungalow à Hyderabad pendant la période de la Vie nouvelle, il nous a un jour demandé de trouver une grotte dans les environs.
Don : Est-ce que Baba avait spécifié des caractéristiques particulières pour cette grotte ?
Eruch : Non, aucune. Il voulait une grotte près de Hyderabad ; ni trop loin, ni trop près.
Mani : Les grottes naturelles sont une des traits de caractère de la région.
Eruch : La façon dont nous avons trouvé cette grotte-là est typique de la manière qu'avaient les choses d'arriver avec Baba. Il se trouve qu'un jour que nous étions au marché à Hyderabad nous avons entendu parler d'une personne qui fabriquait des nattes en bambou. Nous l'avons donc rencontré, (in the course of events) et nous en avons profité pour lui demander s'il connaissait une grotte dans les parages qui serait facile d'accès et où on pourrait y faire halte quelques jours. Il dit que oui, et qu'il nous y accompagnerait. Nous étions ravis, et le jour suivant Pendu et moi y sommes allés avec lui. Quand nous avons vu la grotte, nous avons immédiatement acquiescé. Le seul problème était qu'il n'y avait pas d'eau sur la colline, à part une mare d'eau stagnante. Elle était très sale, et nous ne savions pas si Baba aimerait cela.
Don : Peut-être des restes de mousson ?
Eruch : Oui.
Don : Cela se serait passé juste à la fin de la mousson, sans doute en octobre ?
Eruch : Oui. Nous avons demandé à cet homme de faire quelques préparations, et nous en étions très contents. Il y avait aussi le sanctuaire d'un certain saint, d'un wali. La particularité de ce sanctuaire était qu'il n'avait pas de toit ni de protection, bien que ce wali soit très vénéré dans cette région. Des milliers de gens croient en lui. Plus tard, nous avons appris que quelque temps auparavant ils avaient décidé de construire une protection sur le sanctuaire. Ils firent de leur mieux à plusieurs reprises, mais elle s'écroulait toujours au bout de quelques jours. Ils ont fini par abandonner l'idée de mettre un toit sur la tombe de ce wali.
Nous avons emmené Baba pour qu'il inspecte le lieu, il a aimé l'endroit et nous ordonna de continuer le travail. Il nous donna quelques instructions concernant une pièce séparée dont il avait besoin là.
Don : Qui soit construite dans la grotte ?
Eruch : Non, pas dans la grotte. Juste au sommet de la colline où se trouvait le lieu saint. À mi-chemin de cette colline, de l'autre côté du sanctuaire, se trouvait une grotte. Elle n'était pas du côté de la colline qui faisait face au village, mais derrière. Baba avait aussi bien aimé cette grotte, mais cette grotte n'avait pas besoin d'être organisée en pièces. C'était une bonne grotte que Baba pouvait utiliser telle quelle.
On fixa alors une date pour le transport de tous nos petits bagages. Nous devions y rester quelques jours, et Baba nous dit que ne marcherions à pied depuis là-bas jusqu'au prochain endroit quand son travail serait terminé. Dans cette grotte, dit-il, il commencerait le travail de Manonash.
Nous avons fait nos préparatifs, et vint le jour où nous devions déménager nos affaires. Dans les bagages se trouvaient les cinq emblèmes fabriqués dans cette pierre tendre et blanche dont je vous ai parlé avant, emballés dans une malle : l'église chrétienne, le temple bouddhiste, l'urne à feu zoroastrienne, la mosquée musulmane et le temple hindou.
C'étaient les jouets avec lesquels Baba allait « jouer » quand il allait commencer son travail de Manonash. Nous ne savions pas ce qu'il voulait en faire, mais il voulait que nous les transportions sur la colline. J'ai emballé ces objets, et Gustadji, Baidul, Pendu et moi devions apporter les bagages là-bas. Puis je devais rapporter la voiture à Baba. Le jour suivant, Don (Donkin) devait nous conduire sur les lieux avec Baba, et puis le travail devait débuter.
Quand nous sommes arrivés tous ensemble près de la colline, j'ai mis la voiture dans un endroit convenable pour la garer. Les autres mandalis partirent en avant pour inspecter les lieux et vérifier si les travaux étaient achevés, pour que nous puissions par la suite monter les bagages. Quand j'ai arrêté la voiture, des gamins sont venus autour et ont commencé à poser des questions. C'est pour cette raison que j'ai dû être particulièrement prudent, et que j'ai fermé toutes les portes.
Entre-temps, les mandalis n'avaient même pas monté la moitié de la colline, et j'ai commencé à les suivre. Pui, tout d'un coup, alors que j'étais à moins de dix mètres de la voiture, elle s'est mise à rouler. J'ai pensé que j'arriverais à l'arrêter d'une manière ou d'une autre. J'ai essayé de m'y accrocher, tandis qu'elle gagnait en inertie dans la pente. Je lui ai couru après comme un fou, essayant d'agripper quelque chose à quoi me tenir, mais il n'y avait rien, pas même un marchepied. Les fenêtres étaient toutes fermées, je n'avais donc aucun moyen de diriger la voiture ou d'y rentrer. Je faisais comme si je caressais la voiture tout en courant derrière.
Mani : Mais tu avais fermé les portes ?
Eruch : Oui, j'avais fermé les portes, et alors je n'avais aucun moyen de les déverouiller, car la voiture allait déjà à vingt kilomètres à l'heure et prenait de la vitesse. Autour, il y avait des palmiers à sucre — comme des palmiers-dattiers. Il deviennent souvent très hauts, mais parfois ils penchent vers la terre.
Vous ne me croirez pas, mais la voiture sauta au-dessus de plusieurs de ces arbres, et elle sauta sur des rochers, comme un cheval, je vous dis ! À ce moment-là, les mandalis étaient redescendus et regardaient. Ils étaient hypnotisés. Ils ne savaient pas quoi faire. Pour la première fois de ma vie, et j'espère la dernière, j'ai eu vraiment peur. Je ne m'inquiétais pas pour la voiture ou nos affaires. Il n'y avait quasiment plus de bagages, mais j'étais très inquiets pour ces maquettes. Baba m'avait dit d'y faire extrêmement attention, parce qu'il avait fallu beaucoup de temps pour les obtenir depuis Agra. Au fait, elles avaient été réalisées à Agra, dans le nord, près de Delhi. Vous connaissez le Taj Mahal ?
Mani : Cette pierre blanche et tendre qu'ils utilisent pour fabriquer des maquettes du Taj Mahal.
Don : Et celles-là ont été faites avec les descriptions spéciales qu'a données Baba.
Eruch : Oui, à partir des descriptions spéciales de Baba. On avait fait beaucoup de choses pour qu'elles soient parfaites, vous savez, et j'avais très peur pour elles. J'ai pensé qu'elles avaient toutes dû avoir été écrasées à ce moment-là.
Don : Sans doute des mois de perdus.
Eruch : Des mois, oui. Mais, qu'est-ce que je trouve après que la voiture avait parcouru près de cinq cents mètres ? Elle alla dans une rizière, et s'y trouva bloquée.
Don : Quel miracle !
Eruch : C'était un miracle, je dois dire. Lentement, j'ai retrouvé ma respiration, suis descendu vers la voiture et ouvris la porte. Je pensais que la pompe à essence (oil pump) et tout le reste devait avoir été cassés, et Baba m'avait demandé de rapporter la voiture pour l'emmener à la grotte tôt le lendemain matin avec Donkin. Je ne savais pas quoi faire. Je me suis assis sur le siège du conducteur et j'ai tenté de démarrer le véhicule. La voiture démarra, mais se mit tout de suite à faire un bruit très particulier, en fait un bruit terrifiant. Je me suis dit « Tout est cassé ». Je me suis donc tenu calme, empli de désespoir. Voyez-vous, j'étais terrifié, réellement terrifié.
Entretemps, nous attendions un chargement de bois que nous avions commandé pour notre usage. Vous voyez le type que l'on appelle des « fagots » ? Nous devions avoir un feu là-bas, nous avions donc commandé du bois pour notre feu.
Don : Apporté par un camion, et pas par un char à bœufs ?
Eruch : Un camion, oui. Donc, tandis que je me tenais là, le conducteur du camion est arrivé avec le chargement de bois. Il est venu vers moi et m'a dit : « Qu'est-ce qu'il y a comme problème avec la voiture ? Comment cela se fait que vous l'avez garée dans une rizière ? »
J'ai répondu : « Ne me demandez pas ça. Vous auriez dû venir une demi-heure plus tôt. » Puis je lui ai demandé de m'aider à sortir la voiture. Nous avons tiré la voiture de la rizière à l'aide du camion et l'avons mise dans un endroit sans danger. Là, au niveau du sol, nous avons essayé de trouver ce qui s'était passé dessous. Des tiges de riz s'étaient prises dans le moteur, que j'ai enlevées. Puis j'ai redémarré la voiture, et vous ne le croirez pas. Rien ne s'était passé, rien. La voiture n'avait absolument rien eu, et elle a démarré normalement. Le bruit étrange était dû à la paille de riz. Il n'y avait rien de cassé, et en plus, elle n'avait même pas une éraflure.
Don : Et les maquettes n'avaient pas été brisées ?
Eruch : Non ! Bien sûr, j'ai dû tout d'abord transporter les maquettes en haut de la colline dans leur malle puis défaire ces paquets précieux pour voir s'il y avait un quelconque dommage. Rien du tout ! Pas une égratignure ! Rien du tout n'avait été endommagé. C'était juste que quelque chose était arrivé à la voiture qui m'avait donné la peur de ma vie.
Mani : Elle a fait un saut dans l'évolution pour devenir un chevreuil.
Don : Et Eruch a fait un saut dans son involution par plans.
Eruch : C'était quelque chose ! (That was a sight). Et nous nous en souvenons encore. Parfois nous nous le rappelons, et nous souvenons de cette heure-là. C'était pour ainsi dire un cauchemar.
Don : Est-ce que Baba en a entendu parler ?
Eruch : Oui, le soir même quand je suis rentré. Baba me demanda pourquoi j'étais en retard. Qu'est-ce qui s'était passé ? Est-ce que tout allait bien ? Et il était heureux d'entendre tout cela, et cela l'a fait glousser de rire. Simplement ça, rien de plus.
Don : Juste un rire ?
Eruch : La chose que je n'arrive pas à comprendre à propos des clowneries de cette voiture, c'est qu'elle est allée tout d'abord vers l'avant, puis elle s'arrêtait quand elle arrivait à un gros rocher, et puis elle se mettait à aller en arrière !
Don : Vraiment en arrière, mais comment ?
Eruch : Oui, elle allait en arrière. Elle s'arrêtait quelques secondes, puis se remettait à rouler et à reprendre de la vitesse dans la direction opposée. Puis elle s'arrêtait à nouveau, allait en arrière ou prenait un tournant, puis allait à nouveau vers l'avant, tout en sautant au-dessus des arbres, des pierres et tout ça.
Don: Eruch, est-ce qu'elle était au point mort ?
Eruch : Oui, au point mort.
Don : Ah, parce qu'autrement elle n'aurait pas pu aller en arrière.
Eruch : Mais j'avais mis le frein à main et tout allait bien quand j'ai laissé la voiture. Je fais très attention aux voitures, car j'avais eu de mauvaises expériences parfois quand le frein à main était mal mis. Je devais faire aussi particulièrement attention au terrain là-bas. Ce n'est qu'après avoir examiné avec attention la voiture que j'ai fermé les portières. Pas courant, le comportement de cette voiture.
Vous savez comment est Gustadji quand arrive ce genre de choses ? Plus que ce que j'ai raconté à Baba, c'était Gustadji qui a faire rire Baba. Il a embelli l'histoire avec des points de vue différents. Parce qu'il observait le silence, bien sûr il devait jouer la scène. Il sautait d'un endroit à un autre, jouant parfois les enfants, parfois la voiture. Cela a beaucoup amusé Baba.
Copyright Avatar Meher Baba Trust, Ahmednagar, Maharashtra, Inde.
Pp. 9-14 du livre Tales from the New Life.
